Publié et mise à jour par J.P Soubrié le 05-01-04
| I) 24 heures à Lomé Le soleil se lève il est 5h30: 28°centigrades, il se couchera à 18h, il fera 30°. Comme tous les jours de l’année, ou presque, ceci dans un air saturé d'humidité donc lourd, l'orage tonne souvent ici.
Le cireur passe en tapant en rythme sur sa boîte pour attirer le client, son nom: Kpo-kpovit. Ils sont nombreux comme lui dans la ville, 200 francs CFA la prestation(0.30€). Le coffret en iroko servirait bien à ranger le nécessaire à chaussures pour ma famille, ou autre chose. J'ai fait fabriquer dix coffrets de cireur de chaussures au modèle, elles sont dans la boutique. Un filet d´eau tiède en guise de douche, café au lait de chèvre frais, confiture de goyave, miel noir et fort en goût sur un délicieux pain brioché fait par notre voisine dans son four de terre cuite. Nous partons, avec mon guide au grand marché, un des plus important d’Afrique francophone, le bonheur pour les yeux et les oreilles, parfois moins pour le nez. Après avoir beaucoup marché, marchandé, goûté, questionné, appris, nous déjeunons d'ignames grillées, de brochettes d’agouti accompagné de Flag, la bière locale. Le serveur utilise un décapsuleur. D’un bel ébène noir veiné marron clair, les formes douces sont agréables à l’oeil et il tient bien en main, deux têtes de vis font sauter les capsules. Ingéniosité des africains! J´en ai fait fabriquer par un artisan à l'identique, c´est a vendre. Voilà un ustensile pour le salon familial, beau et original.
A 18 heures le ciel s´assombri, 18h30 il fait nuit noire. Les étalages de fortune où l´on vend tout ce qui a une valeur : 2 enjoliveurs de voiture trouvés sur la piste, 1 phare de vélo retapé, 3 tomates, 1 navet, 10 poches plastiques remplies d’eau glacée, se parent de petits éclairages
fais de boîtes de Nescafé remplies d’huile de palme, serties et percées d’une mèche de coton. Ces étalages seront repliés au plus tôt à 2 heures.
Avec mon fils qui vit et travaille en Afrique depuis 10 ans nous dînons "Chez
Maman" Une vraie mamma, bien en chair dans sa robe bariolée, gouailleuse. Sa nourriture est fameuse, elle échange avec mon fils dans de grands éclats de rires des nouvelles de leurs connaissances communes. Au menu : avocats et
coco, demi poulet braisé (petit poulet en liberté, ferme et goûteux) papayes et mangues arrosé de bière de mil.
Nous terminons la nuit en boîte, le cadre y est le même qu'en France. On y rencontre des africains aisés ou frimeurs, 2 européens de passage dont moi, 3 blanc résidents
et beaucoup de filles jeunes, souvent belles bien décidées à trouver un africain aisé ou frimeur, un blanc, etc... Elles sortent régulièrement boire dans une boutique un dé à coudre de
sodabi,
pour "effacer la timidité".
Je rencontre un type de mon quartier d´enfance, de mon âge, on ne se rappelle pas l’un de l’autre. Il est en rupture de ban avec la société française. Il y a 3 ans, en conduisant, il croise un véhicule de trop prés et se fait arracher le bras gauche, il sort vivant de l´hôpital de Lomé. Quelques mois plus tard, c´est un rétroviseur qui éclate dans les mêmes
conditions: un oeil de perdu, le gauche.
Nous rentrons à la maison. Il est 6 heures, le jour est levé, 28°. Kpo-Kpovit à repris du service.

 
|













 |